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Le premier Monument aux morts dédié aux « fusillés pour l’exemple »  a donc été érigé , et c’est la commune de Chauny qui s’est portée volontaire pour le recevoir.Au premier abord, comme toujours, la « carte sensible » est jouée: focus sur le drame des ces pères de famille fauchés injustement, auquel on ne peut que compatir à moins d’avoir un coeur de pierre.Mais une fois le côté émotionnel passé, penchons nous sur cette initiative et décryptons la, car nous avons affaire en réalité ici non pas à un acte purement mémoriel, mais à une action militante de l’ultra-gauche.

Tout d’abord l’association à l’origine de cette initiative: la libre-pensée. Une association vindicative, très politisée, à l’origine d’actions aussi sympathiques que les recours administratifs contre les crèches de Noël , les crucifix ( faisant partie d’ornements patrimoniaux anciens)  dans les bâtiments administratifs, contre une statue de jean-Paul II sur une place en Bretagne… Depuis longtemps, cette extrême gauche radicale milite pour  la mise en avant de la mémoire des dits  » fusillés pour l’exemple ». Est-ce par seule compassion ? On peut en douter car alors pourquoi la libre pensée ne milite-t-elle pas pour perpétuer la mémoire des 180 000 morts des guerres de Vendées, des 17 500 condamnés à mort de la révolution française ou autre ?

En réalité, la triste fin de ces 639 malheureux  n’intéresse l’association la libre pensée que parce qu’ elle permet d’attaquer l’armée et ternir l’image de la France, un fois encore.

En second lieu, rappelons quelques éléments historiques pour remettre dans le contexte. les fusillés dont il est question ont été 639. les pertes humaines de notre seul pays en 14-18 ont représenté: 1 397 800 militaires, 300 000 civils.

On se reportera avec intérêt aux travaux de l’historien Jean Sevillia , dont voici des  extraits:

 » Nul n’a oublié qu’en 1998, Lionel Jospin, alors Premier ministre, demandait, dans un discours prononcé à Craonne, la réintégration « dans notre mémoire nationale des soldats fusillés pour l’exemple ». Au moment où on célébrait le 80e anniversaire de l’armistice de 1918, le sort des 600 hommes qui, pendant toute la durée du conflit, avaient été exécutés pour désobéissance au front (parfois, injustement, mais ceux-là avaient été réhabilités dès l’entre-deux-guerres) éveillait manifestement, à gauche, une sympathie où perçaient de vieux réflexes hérités de l’idéologie pacifiste et antimilitariste. »

« Ces condamnations ont été portées pour des motifs très divers : abandon de poste en présence de l’ennemi (les mutilations volontaires entrant dans cette catégorie), désertion, refus d’obéissance, outrages et voies de fait sur un supérieur, mais aussi crimes de droit commun (assassinats, viols). Selon l’étude minutieuse du général André Bach, les deux tiers des condamnés de cette catégorie sont fusillés en 1914 et 1915. Entre août et décembre 1914, la guerre de mouvement impose la mise en œuvre de mesures disciplinaires sévères, destinées à enrayer les moments de panique qui affectent des unités peu aguerries, subitement confrontées à la violence du feu. Dans cette situation extrême, quelques exécutions sommaires sont même recensées. À partir de 1915, la stabilisation du front et l’expérience acquise par les soldats font diminuer ces cas. Les cours martiales instituées en 1914 sont bientôt supprimées, et dans les accusations les plus graves, les inculpés bénéficient d’avocats civils. Des garanties leur sont offertes : recours en révision, examen des dossiers par le président de la République, qui exerce largement son droit de grâce. Les autorités militaires, conseillées par les médecins, prennent de plus en compte le shell shock, ce traumatisme psychologique provoqué par l’explosion des obus ou des mines, qui laisse dans les lignes des combattants hagards et égarés.

Les condamnés dont le recours en grâce est rejeté ne sont pas « fusillés pour l’exemple », au sens d’un droit arbitrairement exercé : au regard du Code de justice militaire, ils sont coupables d’une faute. Cela n’empêche pas, bien sûr, que des erreurs soient commises dans l’appréciation de cette faute. Le général Bach qualifie de ce point de vue 1915 d’« année des bavures ». Ces injustices flagrantes, toutefois, ont donné lieu, après-guerre, à des réhabilitations officielles. En 1914, un caporal et six soldats du 298e RI sont exécutés pour abandon de poste, à Vingré, alors qu’ils ont battu en retraite en obéissant à un ordre de repli. Ils seront réhabilités par la Cour de cassation en 1921. En 1915, Joseph Gabrielli, du 140e RI, est condamné et fusillé pour abandon de poste : ce Corse qui ne parlait que sa langue avait perdu le contact avec sa compagnie, après s’être fait soigner d’une blessure. Il sera réhabilité par la Cour spéciale de justice en 1933. En 1916, à Verdun, après que le 34e RI, au bout de quatre jours de combat, a été décimé et que son colonel et tous ses officiers supérieurs ont été tués, deux sous-lieutenants se replient avec une centaine de survivants. Cinq jours après, le commandement de la division les inculpe pour abandon de poste, et ils sont condamnés à être passés par les armes. En 1921, le ministre de la Guerre écrira à la veuve de l’un des deux sous-lieutenants que l’exécution était le fruit d’une « application erronée des règlements », et en 1934, devant les élèves de Saint-Cyr, le maréchal Pétain déclarera que les deux hommes sont « morts pour la France ».

Tous ces cas sont absurdes et révoltants. Ils ne peuvent être isolés, pour autant, de leur contexte, comme on jugerait d’une erreur policière dans une société en paix. Ces exécutions ont eu lieu dans un univers de fer, de feu et de sang, où les normes sociales habituelles étaient bouleversées, et où des centaines d’hommes mouraient quotidiennement dans des conditions atroces. Aujourd’hui, dans une société où la peine capitale n’existe plus, les odes aux « martyrs de Vingré » ou les hommages aux caporaux de Souain, condamnés à mort pour refus de monter à l’assaut et réhabilités en 1934 (épisode porté à l’écran, en 2009, dans le téléfilm Blanche Maupas), reviennent comme des antiennes, stigmatisant la cruauté du système répressif du temps. Un ouvrage recensant la cinquantaine e cas de condamnés réhabilités est récemment paru recouvert d’un bandeau rouge : « Enquête sur les crimes de la justice militaire» Presque un siècle après les faits, que signifie cet antimilitarisme rétrospectif ? »

Voici pourquoi le maire de Chauny eût été mieux avisé de ne pas se rendre complice de cet hommage aux intentions douteuses.